Gatineau L'histoire d'une grande rivière
La rivière Gatineau, à Grand-Remous, alors qu'elle entreprend son voyage au coeur de la Vallée de la Gatineau.
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VALLEE-DE-LA-GATINEAU.NET - La Gatineau est l’une des grandes rivières du Québec. Longue de 443 kilomètres et drainant quelque 24,000 kilomètres carrés, elle trouve sa source dans le Haut St-Maurice, coule jusqu’au réservoir Baskatong, puis traverse toute la Vallée de la Gatineau, de Grand-Remous jusqu’à son embouchure sur l’Outaouais.

Les premières traces d’une présence humaine dans son bassin hydrographique remontent à environ 3000 à 7000 ans. Des pointes de flèches et des fragments d’outils en ont témoigné sur les berges des lacs Bras-Coupé et Désert.

Aux alentours de l’an 1000, les Algonquins sont les seuls occupants de l’Outaouais et ses environs. Lors du passage des premiers Blancs dans l’Outaouais, au début du 17e siècle, le bassin de la Gatineau est occupé par les Kichesipirinis, l’une de la dizaine de tribus algonquines alors recensées au Québec.

En juin 1613, Champlain reconnaît pour la première fois la rivière, qu’il appelle « la rivière qui vient du nord », mais continue son chemin plus à l’ouest, sur la rivière Outaouais.

La menace iroquoise

Entre 1650 et 1670, la région se vide de sa population algonquine, qui fuit la menace iroquoise et se retire vers les régions de Trois-Rivières et du Saguenay. Quand les Algonquins revinrent en Outaouais, après 1670, la distinction entre tribus avait disparu. La dernière fois que l’existence des Kichesipirinis a été mentionnée remonte à 1664.

Le premier blanc

L’année 1666 marque une date importante dans l’histoire de la rivière Gatineau, celle du passage des premiers Blancs sur son cours. Nicolas Gatineau du Plessis et ses deux fils remontent le cours de la St-Maurice pour se rendre à la source de la rivière Gatineau et descendre son cours jusqu’à son embouchure sur l’Outaouais.

Les du Plessis ont-ils donné leur nom à la rivière ? Un débat persiste sur ce point. Dans un récit datant de 1783, le coureur des bois Jean-Baptiste Perrault utilise trois noms amérindiens à consonance similaire pour en parler : Tenagatin, Nàgàtinong et Agàtinung, et qui signifieraient « rivière qui monte sans fin ».

La ressemblance de ces noms algonquins avec celui de Nicolas Gatineau laisse croire qu’ils pourraient avoir tout simplement dérivés du nom du premier explorateur blanc à y avoir navigué.

La rivière était aussi connue sous le nom abénaquis de « Madôbadzoak », signifiant « la rivière ridée ».

La première appellation non autochtone date aussi de 1783. Dans un rapport adressé au gouverneur Haldimand, le lieutenant David Jones désigne la rivière sous la forme « River Lettinoe ». Sur un plan du canal Rideau, dressé par le lieutenant-colonel John By, en 1831, la rivière est appelée Gatteno. Enfin, «R. Gatineau» paraît sur la carte de William Henderson, en 1831, de même que sur celle de Thomas Devine, en 1861.

Malgré son importance, la Gatineau est demeurée une rivière pratiquement oubliée, entre 1666 et 1819, alors qu’on assiste à l’arrivée de la Compagnie du Nord-Ouest, au confluent des rivières Désert et Gatineau, à un endroit qui deviendra plus tard Maniwaki.

Le retour des Algonquins

Les Algonquins revinrent s’installer dans la région sur une base permanente au début des années 1830, en même temps que se développe la colonisation et les chantiers forestiers du nord de la vallée de la Gatineau.

Les barrages

Au début du 20e siècle, la rivière devient une source importante de production d’énergie. Entre 1924 et 1927, on construit le barrage Mercier, afin de créer le réservoir Baskatong qui servira à alimenter en eau quatre futures centrales hydro-électriques : Paugan, Chelsea et Rapides Farmers, construite en 1927 et 1928, et la petite centrale Corbeau maintenant fermée. En 2007, s’est ajoutée une centrale à fleur d’eau au pied du barrage Mercier. Tous ces ouvrages ont une puissance totale de 515 MW.

Les inondations

La construction de ces barrages, surtout celui de Mercier, aura permis aussi de mieux contrôler le niveau des eaux de la rivière, le printemps.

Avant 1927, la crue printanière des eaux de la Gatineau provoquait une inondation majeure au moins tous les dix ans, parfois plus souvent. La pire de ces inondations est survenue en 1876 alors que, selon les témoignages de l'époque, le niveau de la rivière avait grimpé de 28 pieds pour atteindre 558.2 pieds à Maniwaki. Seulement deux grandes inondations ont frappé la Vallée de la Gatineau depuis la construction de Mercier, en 1947 et en mai 1974. Cette dernière est encore fraîche à la mémoire des gens alors que la crue a dépassé les 556 pieds et a forcé l'évacuation de 3000 personnes et inondé le tiers de la ville de Maniwaki.

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Bibliographie
Commission de toponymie du Québec, Gouvernement du Québec
Environnement Canada, Gouvernement du Canada
Maniwaki et la Vallée de la Gatineau, Anastase Roy, 1933
Une rivière qui vient du nord, Louis-André Hubert, 2001
Les études autochtones, Maurice Ratelle 1993
Gatineau : débat sur le nom, Raymond Ouimet
Since Time Immemorial : our Story, Stephen McGregor, 2004